Lundi 26 décembre 2011 1 26 /12 /Déc /2011 22:52

Trop vite. Trop fort.

Il bat, je l’entends je le sens, il me sert. Si fort.

J’ai mal. Un poids. Au cœur. Une pierre. Il, grandit, trou insondable puit aux fonds j’ai mal.

Serait-il la boîte noire où s’inscrit les douleurs, les peurs, amères et les nœuds ?

Ça déborde.

Depuis peu. Depuis quand ?

Il court la nuit, le jour, au réveil déjà bondissant et sourd. Il veut dire mais je ne sais traduire. Je cherche pourtant. Dans la mémoire et dans les pièces, sur la pierre. Le présent me propulse dans tous les coins de l’histoire, peut-être celle oubliée, peut-être la mienne.

Il bat, il ne me reste plus que cette certitude. La question étire ses extensions dans chaque cellule écrase progressivement contient supprime, l’ombre.

Je n’arrive pas.

A rassembler mes pensées à exprimer à démêler les ivresses, les vertiges. Ça s’enroule à l’intérieur, jusqu’à, jusqu’où ?

Une Rupture ? Le Front ?

Le ciel est gris ; ce matin. Comme hier ou demain. Il pleut d’une pluie continuelle, inlassable éthérée, elle colle au paysage, s’y inscrit comme une évidence, on n’y pense plus, elle adhère au regard de l’habitude.

A l’extérieur, on parle.

A l’intérieur, ça gronde.

Je ne retiens rien et sous mes doigts, j’invoque le souvenir des mots pour qu’ils exhument par delà leur présence, au hasard des silences, ce que je n’ai su dire.

J’essaye. Sera-ce déchiffrable ?

Je ne suis qu’un instrument que je ne parviens plus à accorder. Je joue malgré.. Qui sait si, de la dissonance, ne s’échappera un chant ?

Ça discute, derrière moi, les gestes sont lents, les sons feutrés à peine une toux des phrases qui tombent comme les éclats de gouttes sur l’émail d’un lavabo, parfois ça s’accélère puis ça retombe dans la cheminée qui endort la matinée dans le creux de ses flammes. Et le cœur. Aussi. Apprendre à le calmer. Je rêve de mains de lumière qui viendrait l’extraire de sa vie pour le panser de divin.

Je ne sais pas.

Et rien ne vient. Ni l’intérêt, ni la force. Pas de feu. Le talent n’a pas d’espace.

Il faut.

C’est un classique, Il faut.

Travailler, avec acharnement si la passion brûle encore dans l’âme. Persévérer sans transiger.

Il faut.

Sinon, trouver l’équilibre.

Mais ma tête est lourde.

Elle roule sur l’oreiller. Si lourde tombe sur le parquet et roule encore à fracas de bois.

Et puis.

Mon cœur continue à courir. Dans la nuit.


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Vendredi 11 novembre 2011 5 11 /11 /Nov /2011 23:42

Il est des manipulations irréversibles.

Travailler sur l’être, le corps, vaste, redonner un semblant d’équilibre, tout et plus sans préparer aux changements encourus,

les risques sont élevés de créer des failles sismiques.

 

Et si l’on se réveillait dans la peau d’un inconnu ? Que se passerait-il autour des rejets de soi, des douleurs réveillées décuplées des souvenirs soudain ternes ou criards ?

 

Alors je l’appelle Ernestine et je la plains.

 

Quand tout fuit au-delà de l’accès, que toute ressource a été essorée, que tout se détache trouble puis transparent, quand la sensation de glisser de la vie emplit les poumons, quand le profil de la fin imprègne la face du jour, alors on se met à frapper à toutes les portes jusqu’à atteindre la dernière qui pourrait avoir l’apparence du miracle. Elle n’a pas d’autres choix, la dernière, on ne le lui laisse pas. On s’accroche à la poignée sans oser ... Si tout s’effondrait derrière ? Pas encore, pas tout de suite, on y tient, finalement, à la vie, cette vie qui a charrié tant de larmes sur ses flots. Et puis l’on finit par l’entre-ouvrir et c’est déjà ouvrir. On ne peut plus vraiment reculer, acculé par la chute qui menace, la menace qui presse tandis que le temps s’évapore. Tomber sur le pallier serait regrettable après tous ces efforts. Alors on passe le pas avec l’espoir à bout de bras, il sera toujours temps de le replier, un temps qui s’offre sans plus compter, si déception reçoit ses hôtes.

Mais pour l’heure on y croit les poings serrés par des éclats de force que l’on a réussi à conserver sous la tempête, dévastatrice, dévoratrice, cannibale. Oui mais.

De miracles, certes, les symptômes disparaissent évidents, encombrants. L’espace semble libre. Semble. Plus léger, oui, flottant, oui, étrange, comme drogué, accroc déjà au prochain rendez-vous et le prix n’a plus d’importance non plus que l’apaisement ressenti recherché désiré attendu et l’on attend pour ne pas paraître stupide au regard des seules mains qui semblent encore savoir secourir.

Oui, mais.

Le soir passe comme un souffle et le matin rechigne à s’extraire de la nuit. Tout a un air connu, sauf qu’au retour de soi, dans le creux d’une heure, d’un lit, les souvenirs s’immiscent et le monde s’effrite. Ces mêmes souvenirs, qui, peu encore, soulageaient du présent, des meurtrissures, de l’angoisse ou de la solitude, deviennent eux-mêmes étrangers, sournois, inouïs dans leur crissure. On se retrouve dos au mur face au vide, sans prises pour se retenir. Pas de passé, pas de présent et un futur trop hypothéqué pour pouvoir s’y raccrocher. Que faire ? Aucune profondeur de champ rien pour se poser, pas un frémissement de douceur, des couleurs saturées d’ocre-gris, des rires blessés, sanglants une tristesse a l’état brut qui brûle l’image. Elle hurle de partir et l’on claque la porte, le cœur rompu et la crainte rampante, cherchant une sortie, dans les dédales de la mémoire devenue hostile. Les souvenirs ardus se noient dans une marée submergée de corps flottants, de fleurs flétries, rien à garder ici, chaque étape chaque carte chaque recoin est à fuir à oublier, et c’est pire de regarder. Le malaise grandit jusqu’au profond de l’asphyxie, l’horreur dénoue ses chaines et l’on se retrouve soutiré par soi au déni de soi. L’incompréhension. Totale. Aveugle. Déroutante. Tout apparait difforme, le paysage est torturé les ombres torturantes. Il ne reste que la Réalité, les yeux ouvert, qui peut garder le contrôle de la folie tant qu’elle agit sur la conscience, qu’elle peut encore, tant que le temps n’a pas avalé les derniers mètres et que l’on reste maitre des secondes qui rayonnent en cercles concentriques a partir d’un point zéro réinitialisé instantanément pour conjurer la débâcle. On s’y agrippe de toutes ses cellules de tout son mental.

 

Elle s’appelle Ernestine, et je la plains.

 

Seule, arpentant le trottoir désœuvré, seule emmitouflée dans une étole en soie, noire gansée dans la résille, la fourrure et le cuir, la jambe soulignée par le vertige d’un talon qui rattrape l’équilibre en cadence sur la nuit pour accompagner le silence de la ville. Ernestine. Peut-être que tout le monde la connait peut-être que chacun la fuit, elle ou son ombre projetée sur les façades nocturnes, d’une rue à l’autre, sans axes, disparaissant déjà dans les volutes de la brume avant d’avoir été peut-être aperçue, elle qui détient le secret.


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Samedi 29 octobre 2011 6 29 /10 /Oct /2011 14:20

« J'ai l'impression de passer le temps sans l'effleurer. »

« J'ai la tête vide... »


Attablée à la terrasse d'un café, en plein après-midi d'Octobre, ...

Une roue de bicyclette bat le pavé, une écharpe multicolore tombe d'une épaule, on parle déménagement dans mon dos et tout le stress que ça génère, après le décès c'est la deuxième cause, je souris. Conversation insipide sur le xanax et toutes les plantes fabuleuses qui existent. Je connais, je plains seulement le mec en face qui écoute d'une oreille assoupie. Finalement, il est plus supportable de subir son propre silence que l'ennui de l'autre. 

La cigarette me brûle le doigt, le temps me surprend encore, il passe trop vite et trop lentement.

 

Ça y est? On y va?

Attends, et si on parlait d'un projet.

Lequel? T'as un sujet? 

Non, et toi?

 

Du vide. Dans ma tête dans ma vie sur les jours comme un aplat de gris et là bas, sur le mur, une tête de réverbère, sans corps, scellé à la pierre, qui n'éclaire plus rien, c'est mon esprit.

 

Parlons du vide.

 

Un homme passe, une boule de poil en bout de laisse, qui promène qui?

 

Oui, tu as raison. C'est une idée. Et elle me plait. 

 

La monnaie roule sur la table, de la table sur le sol jusque dans le caniveau.

 

« Je n'ai pas envie d'être tout à l'heure, ni ce soir, ni demain »

« Mais pourquoi? »

 

A cause du creux.

Le creux qui grandit avec les jours et les jours qui se ressemblent. Les nuits, entre, aussi lourdes que des insomnies, ouvertes sur l'infini. Vertige du sens. Et je le cherche parmi les ombres fuyantes, le sens, sous la routine et dans les marges, partout. Je continue, sans savoir où je vais, je continue. Et quand les questions deviennent trop pressantes je les sème dans les rues. Paris en son cœur, ville chargée d'histoires, absorbe la vacuité, on s'y perd, elle déborde.

 

Pourquoi?

Pour rien. Parce qu'il n'y a rien. Un rien qui s'habille de vide et marche dans la nuit, sans but, sans bruit si ce n'est la frappe du talon sur l’asphalte comme l'écriture d'un poème aussitôt lavé par une bruine poisseuse. L'attente aussi, au rendez vous avant l'heure, qui regarde tourner les aiguilles du clocher, et qui finira par s'engouffrer trop tôt dans la bouche d'un métro, trop tard, disparue déjà dans la foule carnivore tandis que le rendez vous accourt derrière le temps, dégoulinant d'espoir d'abord et de sueur aussi, puis de dépit.

 

Pourquoi? Mais parce que je rentre chez moi ensuite et que, dans le silence de mon appartement, j'entends le bruissement de la ville. La démesure de l'un renvoie aux abysses de l'autre et moi, au milieu, je compte les jours.


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Samedi 25 décembre 2010 6 25 /12 /Déc /2010 18:10

Il y a un homme, dans la nuit, le pas lourd.

Dans la nuit glacée de l’hiver, il y a un pas qui émeut le pavé, le pas d’un homme tourmenté. Il erre solitaire dans la ville, entre les avenues au milieu des rues sous les passages, accompagné de ses fantômes, discussion houleuse dans l’ambre du silence. Il n’est pas seul non, détrompez vous, cet homme nimbé de ténèbres argumente frénétiquement sa libération avec les multiples soi sous le masque de son mutisme. De l’extérieur, on ne voit qu’un corps qui traîne son ombre depuis chez lui, jusqu’ici au pont Marie, parti à pieds sans but précis.

De son porche ou de lui, tout était possible. Des directions, il en a tiré une, au hasard, puis une autre qui a ricoché sur la suivante et ainsi de suite, avec véhémence, il a tiré. Un axe latéral qui avait fini par le conduit au bout, au bout du bout de ce rouleau infini et vagabond sur lequel il avait tracé l’inspiration d’une lame aigüe, semé les maux d’une main prodigue, largesse de la jeunesse. Mais peut-être que tout avait été exactement ainsi prévu.

Tant de chemins sillonnés pour se retrouver aux abords de nulle part. Ici ou ailleurs, l’horizon était le même, le même qu’hier et que là-bas, identique lui aussi dans son manteau de Moire comme s’il n’avait jamais quitté le porche. Le même ciel posé sur les toits et des gens dessous, pressés, qui arpentent les trottoirs les yeux dans les pieds et le pied en profil. Il croise des dos, croise des voix, croise des fards qui balayent le noir - sur une carlingue ou sur une paupière, le même fard aveuglant.

Dans la ville, il y a un homme qui va droit devant, de sa trajectoire et de son regard, droit ses pensées et droit sa douleur qui tracent son chemin tandis que s’écartent à son passage les histoires comme si elles lisaient sur sa silhouette une haine profonde de la vie de sa vie ou de lui. La nuit de chaque nuit décantait les jours, l’ensemble de ses jours disposés sur la même saillie, des jours fabriqués sur une déviance, il ne sait plus quand, de la déviance ni de la réplique, peut-être depuis toujours. Il recueillait en lui l’amertume du quotidien distillée par les spirales de la nuit, hébergeait le cœur d’une colère, d’un homme en colère, un cœur né trop gros pour supporter la voûte.

Trop de lumières découpées dans le halo du bleu gris, trop de tentations ostensibles indécentes, de fausses notes sur le timbre et d’emprunts dans l’ivresse, trop d’amours récités, de passions révélées, par et dans l’argent consacrées et dissoutes.

Il marche devant lui sans destination au fond sachant qu’il n’y en a point, y va malgré tout, avec la bravoure de l’absence, l’absence du temps, il y va droit, les yeux rivé sur l’univers qu’il voit défiler sur la faille devant des spectateurs aveuglés par les néons applaudissant sans savoir qui du pourquoi ni du comment, encore moins quand, seulement qu’il fallait être là. Oui, il enregistre chaque erreur et les manques, la vacance du sens, toute cette mascarade qui danse sur l’histoire et lui dans l’arène qui regarde la scène. Il le fixe ce point qui se déplace sur la foule, sur les écrans, de l’écran qui descend parmi les articles, remonte l’idée renoue le nœud, le point qui relie tous les malaises. Il se gausse du jeu grandeur nature avec ses figurants sagement le genou cagneux et le nez coulant, répétant leur rôle dans la cour, théâtre de l’absurde. Le rictus agrandit sa fêlure devient rire caverneux qui inonde le trottoir et les balcons jusqu’à la mansarde en haut à gauche qui clignote de bleu et de blanc inondée, elle, par la télé, et le ciel aussi devenu liquide sous la puissance fiévreuse de ce rire caverneux. Il est l’instant présent d’une douleur indicible, il est ces murs suintants de rancœur et d’histoires, la sienne et les autres, qui traversent la ville s’entrecroisent se mélangent se heurtent ou se dispersent, celles écrites inscrites souscrites celles décrites dans les livres qu’une main dépose sur une étagère. Ces livres miroir qui reflètent l’autre soi que l’on se figure que l’on recherche partout sauf en soi, cet être que l’on culpabilise et que l’on absout à travers la littérature. Ces livres échos qui crient nos silences, ces livres salutaires, polémiques, ces livres floués peut-être surtout ceux qui délivrent. Tous ces livres qui amassent la poussière et les peines, les cœurs palpitants et les pensées pépiantes, une étagère offerte au hasard de laquelle il a initié sa pensée, poli sa vision construit une ville intérieure de souterrains et de canaux à l’aide de concepts cimentés de références. Edifice en perpétuelle évolution sous le contrôle obsessionnel d’un esprit affûté, de cet esprit altéré qui est le sien et qu’il a appris a aimé comme un ennemi. De la sienne, d’étagère, il ne reste qu’une poignée de livres échappés du naufrage, les cimes de la quintessence triées sur la sueur du cœur et le cœur du front.

Mais ce soir, il n’a plus souvenance de rien à peine un frémissement enfermé dans une igue de sa mémoire qu’il a condamnée, veut croire avoir vaincu, qu’il abreuve à crue pour en noyer cette tristesse condensée expansée dévoratrice. Mais ce soir, il les tue d’abord de ses dents gantées.

Il marche sur le pavé désert, libéré des affres du monde qui se déversent dans les siens décuplant à l’infini le cri primal. Il n’a plus rien à perdre, non plus rien. Il sait, il sait tout. Il sait qu’il marche un flingue sur la tempe, prêt à tirer, du flingue ou de lui, les deux, acte homologué sur une ordonnance qui lui tient lieu de conditionnel.

Le froid dégouline sur sa chevelure, glisse sous sa pelisse, lui engourdit les jambes, seulement les jambes, il accélère.

Une meute au loin. Une foule, des gens, de jeunes gens si gais si près si neutres, étincelants d’espoirs, griffés aux marques, la séduction carnaire, le mot fardé, armés de tous ces artifices qui pouvaient distraire l’attente. Il croise un regard s’égare dans les cils, s’arrime à l’escale. Aussi, pourquoi pas, il dédie ce choix à une passante. Aussi bonne raison que n’importe quelle excuse, meilleure que tout plan, il décide de rester pour voir, jouant sa main sur le double.

Quand rien n’oblige que tout est mur et quand la liberté fleurit entre les fissures….

Les conversations sont impudiques incolores inutiles, elles meublent l’espace deviennent accessoires, tout se joue hors de l’ouïe sur des règles ataviques. Les mots rebondissent sur son crâne impassible- il avait voulu taire son cerveau n’avait réussi qu’un hématome bleu couleur nuit qui ruisselait sous la peau. Comme pour le reste et comme pour tout, il achevait cette échappée sur un plongeon d’autant plus tapageur que l’envolée avait été prometteuse. Il s’évertuait à détruire tout signe distinctif ou précurseur de bonheur ou non pas de bonheur mais de sourire. Ne sachant pas équilibrer la douleur et le plaisir, sa balance penchait alternativement d’un côté puis de l’autre, l’un et l’autre le poussant d’une même accolade dans l’entrelacs de l’angoisse ; il lâchait alors sur les plateaux, par à-coup de cris et de larmes, tous ses cailloux, égarés au fond des poches, comme autant d’atouts qu’il croyait posséder. S’ils venaient à ne pas suffire il les glanait alors sur le jour au gré de ses errances- pour finir, à bout d’arguments, il se résignait à en acheter - on trouvait de tout sur les comptoirs, de tout sauf la lumière.

« Je suis venu parmi les grands Rochers et les grands Rochers m’ont dit…. ».

Pour les autres, plus ou moins inquiets, ça n’était qu’une gerbe dont ils raillaient la portée pour se disculper; mais qu’en était-il pour lui ? N’était-ce pas plutôt lui qui raillait de son éclaboussure la médiocrité des autres? Peut-être les deux à charge fluctuante. Mais ce qu’aucun ne pouvait lui dénier, ni lui par souci d’équité, c’était sa brillance, dans tous les domaines, de son parcours à sa culture de son éclat aussi noir qu’une nuit sans lune. Pourtant, Il ne parvenait qu’à s’effondrer un peu plus loin, loin des regards et des mains, loin de la compréhension, en marge du présent qui n’a de cadeau que le papier d’emballage.

L’attente devient abstraite, devient l’évènement, l’attente dilue l’origine devenue inaccessible pour être une cause et non plus un moyen. La soirée se déplace sur le trottoir, mais quelle soirée ? C’est à lui, maintenant, de rentrer, son tour. Cela devrait mais cela coince, la norme se gauchit, la chance s’évade, le passage devient aléatoire, l’entrée est lui est interdite, momentanément suspendue, son passeport semble périmé, il s’impatiente. Non, quand il tente une intrusion. Non, encore. Non toujours. Et Non jeté par le videur. Il reprend la négation tombée dans le caniveau, dégoulinante de bleu qu’il époussette stoïquement sous le regard goguenard du videur fier de pouvoir prendre sa revanche, fier de pouvoir tenir dans le creux de sa décision cette espèce cravatée qu’il jalouse dans le repli de son appartement sordide au fond d’une périphérie livide et tout retombe en cliché, peut-on s’en délivrer ?

Trop de monde, trop en vogue, trop de jeunes et la vieillesse qui tend ses rides sur son alacrité déliquescente, il est déjà sur l’autre rive. Une connaissance, qui se suppose, l’encombre d’ennui, tire à l’insu le départ, il prend l’issue derrière le salut et s’enfuit. Les gens, la foule, la masse s’ébaudissent de sa course dégingandée tandis qu’il rejoint la bise silencieuse, le gris roi du ciel et les ruelles discrètes. Il court droit, bouscule au passage les obstacles d’une rage contuse contre les quolibets lancés biais reçus centre - la pleutrerie s’habille toujours de bistre- s’avise dans l’esquive et disparaît à droite. Il se rappelle. La plaque et cet immeuble, le cinquième étage sous les toits et les cuites du jeudi qui s’achevaient le dimanche, étudiant, alors, dans la fleur des armes. Il se rappelle de ces murs lézardés et la vieille au premier qui scrutait chaque mouvement derrière son volet prête à porter la dédicace au parquet, aussi le bar en face lieu-dit de nuit où les insomniaques affluaient pour exhumer la naissance du jour alors que portes closes refoulaient les vestiges d’hier vers demain, bar de nuit où tant de rixes avaient essuyé leur sang sur le pavé, pauvre bouge devenu laverie, sans intérêt. Son quartier, il avait 20 ans et bravait la jeunesse du haut de sa morgue.

Il s’engouffre dans un boulevard, veut changer d’air, cherche un taxi, il faut bouger, plus rien ne le nouait à cet endroit seulement des souvenirs douloureux qui suintaient sous la couture. Bouger, il voulait, mais pour aller où ? Le mouvement rompt la boucle, anesthésie les milles aiguilles plantées dans son cerveau, il marche sur la route, le bras haut levé, saluant au passage l’histoire et les poètes et pour ceux qui ne comprenaient pas, leur ignorance. 

Rien ne se passe, à peine des regards qui se retournent, des démarches qui se détournent, des ornières qui se soulèvent et retombent sur l’aspérité du sol, rien pour lui, et lui, qu’était-il dans ces rues ?

Il croise un bar, à un moment un bar qui lui parle, infâme au milieu de nulle part, comme il aime, typique, ou luxueux, ce soir il prime la dérive. Le bar lui parle et il rentre. Il rentre pour saluer l’ami, pour penser la suite, pour débriefer comme il aime à dire, par dérision d’un objet professionnel qui se prend trop au sérieux par habitude ensuite. Il débriefe à toutes occasions avec les potes après une sortie avant une sortie au réveil au coucher devant l’ordi et seul dans le noir il continue sans plus se rendre compte que c’est devenu systématique. Il rentre donc pour reprendre ce point qu’il a égaré dans sa course pour reprendre son visage noyé au fond du verre pour y puiser sa vie dans sa mort. Il s’épanche dans le liquide où surnage la poésie et parfois relève les yeux pour voir des âmes esseulées, des corps à côté de leur âme, des rumeurs qui ont la verve de l’authenticité et peu importe de qui ou de quoi, les manières n’ayant plus de sens ni de circonstance, il ne reste que la corde à nue. Il aime alors enfin démesurément. Il ose et parle, il s’entend dans ces échancrures profondes et brèves, il s’entend si loin si ténu imperceptible. Sa voix, derrière les discussions éthérées, elle est là, cloîtrée dans la chambre froide, plissant les paupières à la coulée de lumière par la lucarne dévêtue, prête à renaître de sa meurtrissure, certes brisée, mais là.

La pause et l’alcool ont ranimé l’Insomnie mutine. Sur les courbes du verre sec, les nervures satinées du destin lui indiquent la crête a suivre. Il repart sans plus attendre en laissant les heures au comptoir.

Prendre un taxi et quitter ce lieu, cet arrondissement, ses ombres identiques et l’insignifiance du trottoir. Il hèle le premier, le deuxième les voitures les axes et les feux. Chaque trajectoire ignore son bras tendu droit et sa voix, provocante, claudicante, exténuée, ignore son épaule érodée et sa chevelure de cristal.

Il réussit pourtant, après maintes tentatives et mille injures, furibondant au spectateur du hasard ses filaments querelleurs que la plupart esquivaient par peur ou indifférence. Celui qui avait le malheur d’y poser la pointe d’un pied se trouvait pris au piège d’une frénésie disproportionnée et le regrettait amèrement sur le quart d’heure qui suivait. Souvent, il tentait de trouver les arguments pour s’extraire de cette impasse finissait par perdre le langage devant l’assurance hargneuse de son adversaire et déclarait forfait par silence puisque aucune sortie ne lui était accordé à moins qu’un inconnu ne le sauve ou qu’une bagarre explose sachant que l’issue donnerait la victoire non pas au plus fort mais au plus désespéré. Un taxi donc fit glisser son clignotant sur le trottoir sous le tonnerre de la colère qui n’avait plus envie de se taire. Taxi bien distrait pour ne pas avoir remarqué les mouvements désordonnés qui haranguaient une foule fantomatique suspendue aux lèvres d’une pensée historique. A peine à l’intérieur, le claquement de porte vibrant encore au sein du réceptacle, que le taxi , sur une accélération vertigineuse, prit le carrefour à contre courant pour couper vers les quais avec une conduite digne d’une course-poursuite. Effet coup de poing. La suspicion mutuelle éclata sur le pare-brise brisant la glace et la tension. Les vies sortirent de leur lit et chacun d’un mensonge ou d’une rancœur exprima sa vision conseillant à l’autre la mesure et donnant la raison. Une amitié unique que la folie commune avait soudée, prit naissance et fin sur une poignée de main virile qui clôtura la course. Le conseil du taxi avait été avisé. Il se retrouvait devant une boite de nuit en effervescence à la programmation éclectique, tout pour lui plaire avec un dernier verre servi sur un plateau musical très honorable, dégustation alléchante. Sauf que l’effervescence était bondée que le froid était liquide et qu’il perdait patience tout en voyant ses démons réapparaître sous l’acide de ses ressentis. Il n’était pas le bienvenu, quelle que soit l’excuse soufflée au visage, la honte et la déception lui brûlaient la joue. Qu’avait-il fait dans le passé pour subir l’incidence d’un oubli sur l’axe du présent ? Sa tête, manifestement, ne revenait pas . Portait-il sur sa figure les stigmates de la tragédie humaine ? Avait-il été rattrapé par sa folie manœuvrant dans la ville à l’ombre de sa conscience ? Les murs radiographiaient-ils l’incandescence de son cerveau gardant les clichés dans la mémoire des pierres?

Peu importe, finalement, peu importe. Il connaissait un endroit libre et classe, tranquille, un peu plus haut, de velours et de pourpre, d’opulence surtout. Peu importe si oui si non, à côté encore, un bar malfamé dans ce quartier huppé, réfractaire à la bienséance, résistant de l’époque et du temps indifférent à la politique générale. Il connaissait tous les coins de Paris, et ceux surtout où la vie se déchaînaient aux heures diluées d’une nuit qui expirent dans la brume matinale. Il s’évade dans l’un pour le luxe, s’engouffre dans l’autre pour la poésie, l’un et l’autre, deux endroits de vie qui le définissent.

Il repart. Encore. Il part toujours. Sur la route, lui ou son ombre, pour suivre la sente créée par son pas d’ici au pont Marie qui devrait le ramener chez lui. Qui devrait, il ne sait plus, il n’est plus sûr ce matin de savoir quoi ou qui, il marche seulement. Avait-il raison ? Au bout du compte, a-t-il raison ? De ce mur qu’il façonne brique après brique, devant derrière partout, c’est lui qu’il enferme. Mais pas en haut, pas au-dessus, un plafond ouvert sur le ciel, un ciel qui miroite sur sa chevelure, un ciel qu’il ne voit pas, il regarde au-delà, à peine sent-il sa respiration.

Il repart le pied hésitant et la blessure béante projetée sur le jour maculé de rouge et de blanc. Il la traverse, elle n’est plus lui, un instant, à peine.

Ca ne fait rien.

Ca ne fait plus rien.


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Dimanche 14 novembre 2010 7 14 /11 /Nov /2010 12:50

Une insomnie à répétition, des pensées diffuses, confuses, des pensées tentaculaires et je tourne dans l’immobilité de la nuit que filent les aiguilles.

Tout est noir, partout, tout est mur autour. Calfeutré au 27ème étage, je regarde le reflet du vide dans la vitre. Les lumières trouent de part en part les rumeurs portées par l’opacité de l’indifférence. J’entends et je pense, j’entends l’acier battre dans les artères de la ville répondre au silence de mon cœur. Que suis-je devenu de ce pantomime qui se dévêt de ses rêves sur le déhanchement de sa trajectoire.

Fauteuil club en cuir, usé noir, en cuir, extrait de la pièce du lit de l’insomnie. Je m’enfonce dedans devant l’écran posé sur la surface lisse, glacée de la nuit. Cet écran inonde le monde d’une lumière crue, phosphorescente, lumière amère qui sépare de soi. Cet écran protecteur dispensateur de procuration.

Je cherche dedans, je cherche la solution dans la réverbération. Un clic et le désir est déposé sur le seuil par un commis. Le colis est là, aux pieds, derrière la porte, à peine si rapide qu’un murmure n’a pas eu le temps de formuler le fantasme. Il est là.

Sur la table basse, à côté de l’écran, juste seul, rien autour que des murs et de loin en loin les sirènes qui rayent le silence.

L’un après l’autre, d’un rituel ancestral, je procède à l’exécution. La cuillère et le bloc, la cuillère support et le liquide que je verse. La sève s’infiltre dans la blancheur de la structure que la flamme désagrège. Fluorescence du vert au cœur de l’absinthe, je respire l’évaporation tutélaire, il devient déchirement. Je passe de l’autre côté nocturne du vert dans la fente du temps où frôlent les ombres et les cris la respiration tendue de loin en loin les bruits et partout des yeux.comme des cristaux de flamme qui me regardent regarder à travers la vitre le reflet du vide.

Tendre est devenue la nuit me serrer de ses bras.


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Vendredi 17 septembre 2010 5 17 /09 /Sep /2010 21:40

Le ciel.

Le ciel était bleu exsangue, le ciel était blanc. Bleu laiteux, lord de nuages dans sa capeline humide. Le ciel était d’hiver chargé de neige courbant le dos sous sa pelisse aux poches rompues. Immense voûte déployée au dessus des corps comme des ailes duveteuses caressant l’immanence. Allongé pour mieux embrasser l’espace, ou debout sur l’infini, je regardais le froid infiltrer la somnolence du monde. Allongé debout, sur le sol devenu ciel où l’horizon se confondait avec les limbes. Aucunes démarcations, étais-je le blanc et ce bleu brumeux ? Un ciel d’hiver et un ciel de nuit dans le blanc du silence. Une nuit aussi claire qu’un jour corrompu, enlacés à la même dérive. Le ciel si vaste, gibbeux, fermé sur soi et la lune frileuse, emmitouflée dans l’oubli, pour ne garder qu’un souvenir de sa demeure. Le sol n’a aucune consistance pourtant je repose sur ce qui devrait être lui, sol qui est peut-être ciel. Aucunes étoiles seulement de l’écume d’univers amassée sur la vitre anémique, pauvre atmosphère algide. Rien au dessus qu’un ciel lavé d’écriture, les mots attendaient en bordure. Cassiopée, la Grande Ourse et Pégase, Orion et de celles dont l’histoire a nourri l’imaginaire et les autres reconnaissables dans les pages d’un savoir, toutes entassées sur une étroite étole brodée à l’orée. Reliées entre elles, les étoiles, pour mieux s’identifier pour s’appartenir d’un trait discret, couleur du ciel, fil d’Ariane bleu blanc lacté ou fil d’une trame qui habille les croyances. Le froid du bleu irradiait comme un soleil jusqu’à blanchir la surface, innervait les pensées jusqu’à cristalliser le langage, l’Hiver. L’Hiver, comme un homme détenu des glaces, pris au piège d’une crevasse, comme un homme qui attend dans l’oubli du temps, de soi quelque chose au fond dont il ne saurait même définir les contours dont il ne pourrait affirmer l’existence à part peut-être le doute déposé comme une pierre au fond. Attendre, le regard ouvert sur le monde qui observe comme a travers une glace sans savoir de l’un ou de l’autre qui sait quoi où est qui. De ce flocon tombé du ciel sur le cils mi-clos se diffracte le blanc nuit, le souvenir liquide et les jeux. Les jeux d’hiver qui ne sont pas si encombrés de silence et d’engourdissement, ces jeux soyeux d’où pouvaient éclore un sourire innocent et une lumière céleste. De la vitesse et de la jeunesse se lavait la candeur pour absoudre les cycles. Point de froid alors ni de gelées logées au creux des cauchemars, non point d’ombres fondrières ni de neige meurtrière, non plus de cette brume mélancolique qui s’arrime aux chaumières creusant son puits dans un cœur pâti. Seulement le corps qui chatoie sous l’effort, l’ivresse des sommets, et la fierté du dépassement ; frayeur domptée, sensation de puissance ; Sensation. L’iridescence du spectre à travers la goutte qui décroche de la branche dans le bleu et le blanc jusqu’à l’impact du sol et la gerbe des éclats en rire enfantin sous l’ivoire de l’hiver. Tant d’insouciance et tant de bonheur dans le bleu du regard et le blanc du jeu. Dans le jardin recroquevillé sous son manteau d’hermine les pas s’enfoncent et gauchissent la course mais le jeu apprête sur le visage son plus charmant fou-rire et offre a l’opale du ciel des cils lumineux. C’était alors et bien avant pourtant déjà c’était.


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Mercredi 18 août 2010 3 18 /08 /Août /2010 22:17

 

Un point, au loin. 

Comme un grain de sable sur la rétine. Persistant.

Les pas convergeaient vers ce cœur reculé, aimanté par les vibrations telluriques, un point en contre-haut, si loin qu’il pourrait se confondre avec un pixel, pourtant. Il brûlait l’écran par sa fixité, agrandissant son nimbe de stries cendrées. Impossible de lui échapper. Tendre le bras donnait le sentiment de pouvoir le toucher l’attraper le posséder- donnait seulement- le sentiment éventuellement- jamais le pouvoir. La progression fut moins pénible, moins longue aussi. Alors qu’une vie aurait pu se déchirer sur la première herse rencontrée, s’oublier dans la répétition de l’acte, démissionner devant l’idée de l’obstacle, une pensée avait suffi à élaguer les lieues.

La maison paraissait vide, non pas abandonnée, plutôt languide. A peine une entrée empreinte dans la pierre, une porte à peine entrebâillée sur la réalité. Malgré les gonds cristallisés de rouille, il semblait qu’une simple pression permettait de glisser dans le cortex. Devant, je suis, maintenant, devant une porte rivée à l’éternité. Les ronces profuses veillaient sur le sommeil, l’émeraude sur la pierre étincelait de vie, seul élément tendre dans l’hostilité, la couleur non plus l’identité. Ces ronces en parure ourlaient les murs, le sol et la plaine, la terre mais aucune trace animale pas un bourdonnement, pas un chant tissé ni de voilure. Le silence absolu absorbait tout mouvement.

L’Avant l’Après du pas était séparé par une chute de température qu’une courtine veillait à maintenir.

A l’intérieur, une douche sensorielle lave l’esprit, les schèmes se dissolvent, le décor se déplie sur la peau puis on voit.

Le vestibule est entonnoir. Le vestibule est damassé de brocard couleur taupe, comme une taupe qui creuse le tunnel guidée seulement par un instinct que des yeux infirmes projettent sur le monde. Je réponds à l’appel de la voix qui arrime son ordre sur mon port s’incruste dans les fibres de mon corps et diffuse son injonction muette dans l’espace, impérieuse étole qui enroule autour de moi ses fils aériens.

Au centre, la pièce.

Unique.

Un hall posé là en équilibre sur le regard.

La lumière du dôme pleut sur le carrelage s’érige en puits qu’il faut contourner, aspire tous bruits sauf le flux sanguin amplifié par la réfraction des gouttes, mais derrière. On pourrait croire que la danse est ouverte que la fête irradie des murs comme un murmure souterrain. J’imagine me figurer la noce liturgique tandis que l’escalier, dispersé sur le sol, figure, offrant ses marches au pied qui osera s’y poser. L’amorce l’exhume, j’inaugure la montée. Un immense escalier d’empire pour une ascension de marbre. D’autres pièces à l’étage scintillent sous la curiosité. Des portes dans les couloirs. Des portes qui se créent et s’effacent au gré du regard. Vraiment ? La nuit dedans, opaque, écrase le discernement, la nuit. En moi ? ou peut-être au sein de l’enceinte… Mais je ne vois rien. Qu’importe, par vacuité, j’ai joué le sort sur un coup, n’ayant nulle part où aller. Ici ou là, qu’importe, doute pour doute j’ai choisi la part du mystère.

Cette maison aux lambris maquillés en bunker, que des meurtrières blessaient par intervalles aléatoires, avait quelque chose d’intriguant. Comme cette porte blindée, mi-close mi-respirante, cette porte discrète, confondue avec l’ouvrage qui interpellait la logique. Comment ne pas y pénétrer ? J’ai osé.

Oui, mais…

J’aurai dû réfléchir, ne pas me laisser séduire par l’inconnu, sur la seconde suspendue durant laquelle tout est encore réversible. Quand plus rien ne compte, la crainte n’a plus de poids. Le mouvement déclenche une onde de choc qui s’amplifie sur la surface étale du futur rompant certains accès, découvrant des écueils recouvrant des récifs, point de répit. Il faut réfléchir, il faut se rappeler des racines de l’avant et de l’existence de l’après, on se laisse méprendre par les apparences jusqu’à l’aveuglement qui conduit au précipice.

D’autre part, l’atmosphère du lieu aurait dû réveiller ma méfiance. L’atmosphère, comme une nappe délétère qui recouvrait l’espace, un parfum de souvenirs, oppressante… Est-il possible que du vide émane une atmosphère ? Délétère et oppressante …. Captivante.

Le hall engloutit les pas, engourdit les réactions, exsude des pensées, toutes sortes de pensées, mille par unité, ressassée en rafales remuées des tréfonds spectres d’incidences, bouts tranchants de verre transies pointés sur soi. Puis l’autre, entre des couloirs délabrés, comme une mémoire incrustée. Vertige des ombres. Chaque appui soutirait le craquement plaintif du parquet. Sous les plis du velours, disparaissaient les plaies du temps. Il fallait se rendre à l’évidence, le velouté avait basculé dans la rigidité. Je perçois l’écho des voix. Derrière la plinthe. Je tente de m’en rapprocher mais tout s’esquive et me charge à la fois, ils m’encerclent. L’écho, les couloirs, les cloisons, l’astragale la martingale qui ne tient plus l’ordre fournisseur de portes et cette architecture qui se diffracte sur mon regard jusqu’au malaise. Chaque appui multiplie les possibles. Le labyrinthe se matérialise au rythme des cellules. Les murs se dressent à mon passage comme une ovation comme une agression ornés de portes, de portes closes. Les repères tombent les uns à la suite des autres dans la fosse centrifuge. Les aiguilles s’activent vers la source, cherchent, se tordent. La boussole perd l’Origine. J’entends les voix, veux voir leurs corps. Il est maintenant question d’état que la folie poigne. Il faut que je trouve. Une porte poussée enfin s’ouvre, j’entre. Une autre porte derrière, fermée. Une succession de portes, un mur de portes trois murs scindés en angle droit. Les degrés ont dévoyé leurs mathématiques. Je suis au centre sans avoir bougé. L’atmosphère s’épaissit, un miroir apparaît, accroché comme un tableau sur le plat d’un pan. Il brille d’une lueur discursive. Je suis aimanté. Il m’attire, je suis… il m’attire, je il s’attirent. Tourne la tête, une force repousse mon visage sur le profil du maître séant, miroir spectral. Je perçois des dérives de gris qui prennent place à leurs places, une image aux contours flottants. Je fais face au mystère. Mon visage ? Le temps. Le temps qui se conjugue sous des sourcils soucieux, un visage. Un visage inconnu, un visage d’homme. Le maître ? Miroir et lui-même. Il semblerait que ce soit le propriétaire des lieux qui répondent à ces inclinations. D’autres visages se déclinent sous d’autres augures. Le hasard défie les lois, le même visage se pose sur les trois faces du dé. Il me regarde a travers la commissure amère d’un sourire. Ils me regardent tous. Ils se regardent en moi. Je sais qu’il se regarde dans la multiplicité de lui-même sous l’éclat brûlant de ma transparence. Je divague. Ma raison se contracte autour de la fièvre, l’esprit se tend, le souffle se suspend la surface craque. Partir. Il faut que je parte, mais où ? par où ? comment ? Seul le pourquoi semble posséder une réponse. Semble. J’entends des voix, à nouveau des voix, je crois percevoir, derrière le rideau de ma conscience, les rejoindre, c’est ce que je dois faire, ce que je devrais, il me semble, tenter de  me rapprocher, de quoi ? Les murs s’échangent les couloirs se mélangent les portes se referment et disparaissent. Je suis dans un labyrinthe sans issues. Combien de temps vais-je tenir ? combien de temps s’est-il écoulé depuis mon entrée ? Je ne sais pas. Les chiffres sur mon portable ne cessent de défiler, l’heure est illisible, la date a coulé sur l’écran, il ne reste plus qu’une flaque noire au milieu des cristaux. Je ne sais plus rien. Pourquoi suis-je ici ? Où suis-je ? Combien de temps ? Comment sortir ?. Mes jambes fléchissent… Je crispe mes poings sur les questions… C’est l’effondrement. La construction se fissure dehors, dedans et s’écrase en poussière sur la plaine que le vent disperse. Hébétée, au sol à genoux recouvert de ronces vagabondes, au milieu de cette végétation épuisée, comme revenue des entrailles de la terre, je plisse les yeux sur la lumière du soir. Il ne reste rien de cette distorsion, plus rien qu’un bout de rêve pétrifié dans la tête. Comme un grain de sable sur la mémoire. Persistant.

 


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Lundi 5 juillet 2010 1 05 /07 /Juil /2010 10:54

Ce que je veux dire, outre le fait de te faire confiance, c’est te soutenir qui devrait traverser l’évidence.

Ce que je veux dire, c’est que je suis désolée si j’ai répondu à côté et non toi. Je comprends, crois comprendre. Mais qui comprend peut comprendre? Qui sait, à par soi ? Personne à par soi. Ni soi, donc, par élimination, soi supplicié par soi sous le regard crevé du ciel.

Ce que je veux dire, je n’ai rien à dire. J’ai cru, un jour, avoir eu peut-être quelque chose à dire. J’ai cru. C’est passé comme une ombre sur mon visage. Le voilà a nouveau plongé dans l’anonymat du vide. L’esprit creuse sa tombe dans le sable sous l’éclairage impuissant des limites comme les lignes d’une autoroute dévoilées par les phares. Guides spirituels dans la nuit opaque de la chambre. Les murs seront notre horizon et la climatisation notre oxygène. Sur l’étagère, quelques feuillets jaunis d’un discours inachevé. Ils ont oublié, du fond de leur siège, entre cigares et whiskys, la fin du scénario. Et toi ? et moi, et tous autant que de cellules grises dans l’entre deux sols d’une tour sans matière. Et toi, et moi et eux ou nous, pareils. Autant d’identités usurpées dans les effluves de la nuit, ils ont jeté le roi et le damier. Ils avaient déjà perdu avant de gagner. De colère ont arraché le sens au sol, détrôné la tête dilapidé la chair, brûlé les cendres. Ne reste que les sillages d’une orgie et le silence des idéaux.


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Mardi 8 juin 2010 2 08 /06 /Juin /2010 12:31

Il fait nuit. Elle ne voit rien il fait nuit à ses pieds. Elle sent pourtant le vertige à côté d’elle. Nu, transi, éthéré dans ses bras, à côté, suspendu à son souffle, en attente. Elle attend. Elle aussi, quoi ? Rien. Elle scrute le changement mais rien. Ni devant ni derrière. Aucunes mémoires ne croisent ses appels, les repères se cognent au silence. Elle pose un pied et c’est froid. Froid et humide, Terre visqueuse, Boue. Ca n’oppose aucune résistance, bouge sur la chair, avale le mouvement absorbe le son. Elle n’entend rien. Ni sa tête ni son corps. Elle n’entend pas les battements de son cœur, ne devine qu’un larsen lointain qui s’identifie à son nom. Rumeur qui s’amplifie à l’égard s’écarte sous l’ordre pour s’engloutir dans la faille. Une résonance, aiguë parce que la gravité s’est noyée dans le balbutiement. Il ne reste plus qu’un mur carrelé de la vase et la densité du noir.

C’est oppressant. L’image est oppressante. Je veux sortir, Laissez la sortir ?

Personne ne bouge sur les strapontins. La lumière du projecteur enflamme les visages, personne ne bouge que les ombres de l’écran.

Elle a peur. D’elle j’ai peur.

Laissez-moi sortir…

Les portes sont closes les fissures éclosent les bruits explosent.

Il fait nuit, elle tremble sous ses doigts, il fait nuit et elle attend.

Quoi ? Personne. Elle ne sait plus. Quand elle a commencé, Où cela finira-t-il - Elle ne sait plus - Où est le fil de son histoire, Où elle a jeter les dés - Elle a égaré l’aiguille à broder.

A côté, le vertige. De l’autre, le vertige. Ils ont peurs, lui agrippent les bras lui posent des réponses mais elle n’a pas les questions. Elle ne sait pas mieux que l’image qui s’acharne sur le mur à construire une vie. Elle leur tient pourtant une présence qu’elle étoffe comme elle peut de lumière. Dans la nuit, envahi, son sourire est bien pâle et le doute dantesque.

 

 

 


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Jeudi 29 avril 2010 4 29 /04 /Avr /2010 12:32

Bon.

Mais j’en ai un en particulier qui me préoccupe.

Comment dire,

Oui,

En fait, voilà.

Je suis née avec un récepteur amplificateur dans le cerveau. Ça ne vous dit rien ? je vous comprends. Moi non plus. Enfin, au début, disons pas à la naissance mais à la conscience.. Je ne savais seulement pas ce qu’il se jouait sur la scène du présent. Je croyais que tout le monde ressentait l’infiniment grand dans l’infiniment petit, que la vie était par conséquent, douloureuse et que la mort serait un soulagement bien méritée. Je vous rassure, la vie est douloureuse et la mort un soulagement -je précise, pour le mort-, et l’infini inconcevable. Ça dit, tout est dit. Alors, avoir ou non un récepteur dans la tête, qu’importe ? Ca ou autre chose, en plus en moins, qu’importe ?

Certains sont nés sans cerveau et ils se débrouillent très bien. Voire même mieux que la plupart.

Non, ce n’est pas ça. Le problème vient de ce que l’amplificateur s’est progressivement réglé lui-même sur le volume maximal. Ça a mis des années, comme l’apprentissage, ce qui est plus insidieux. Je ne me suis pas rendue compte tout de suite de l’étrangeté de ma situation. A part que, plus jeune, je manipulais les jours avec beaucoup de discrétion parce que trop d’intensité me plongeais dans des affres incandescents Ensuite… ensuite j’ai remarqué que mon entourage ne semblait pas, de la même manière que moi, indisposé par les relents du monde. J’ai alors compris, après divers tests, qu’il y avait une faille dans la normalité.

Imaginez….. Vous recevez en permanence le bruit du monde, sans nuances, aussi agressif que mille couleurs primaires jetées sur la toile du cerveau. C’est un tableau insupportable, une distorsion de la réalité.

Un exemple,

Imaginez que vous portez un appareil pour malentendants bien que vous n’ayez aucun souci auditif. Imaginez qu’il a été réglé au maximum sans que vous ne puissiez rien y changer. Vous percevez le moindre souffle comme un cataclysme. Imaginez.

Pensez vous que vous entendrez mieux ? Grossière erreur. Tous les sons se mélangent dans une bouillie acide. Impossible pour vous de suivre une conversation, vous entendez également l’estomac bailler l’ennui discuter vous recevez une pluie de tristesse sur le visage et une rafale d’insultes dans le dos. Vous entendez la routine de chacun et du quartier, même l’humeur du présentateur à la télé ou les dévastations de l’effondrement économique sur le trottoir, chez le voisin voire derrière le mur du son. Vous entendez le monde crier si vastement qu’il en perd son sens et vous, l’interprétation.

Imaginez, l’enfer que ça induit.

Je suis née avec un récepteur amplificateur réglé au maximum et je me perds entre la douleur des autres et la mienne qui se reflètent sur l’eau trouble des émotions créant des puits d’angoisse. Je me perds dans ce labyrinthe de voix de voie de maux. Je n’entends plus mon aspiration parmi toutes ces ventilations, comme autant de bouches creusées dans le ciel, et j’en oublie de respirer.

Peut-être que je suis devenue sourde à promener mes tympans sous tant de décibels. Peut-être que, devenue sourde, les bruits qui me parviennent ne sont que des échos de mon esprit. Et peut-être alors que cette douleur


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